Lire une partition : les 7 erreurs à éviter quand on aborde une partition

« – Je suis crispée quand je lis une partition.
– Et bien détends toi !
– Oui, je veux bien, mais comment ?
– C’est facile, il suffit d’être plus relax ! »
Voilà exactement le genre de dialogue qui ne me relaxe pas du tout ! Et vous, avez-vous déjà vécu ce genre de situation, particulièrement quand vous êtes en train d’aborder une partition plutôt difficile ? Pourtant, vous n’en êtes pas à votre première partition. C’est même plutôt le contraire :  vous avez beaucoup de savoir, de savoir-faire : vous savez lire les notes, déchiffrer leur rythme et vous avez l’habitude de lire des partitions depuis un certain temps déjà. Mais pourquoi cela ne suffit-il pas pour savoir jouer instantanément un morceau ? C’est assez frustant , non ? Vous êtes d’accord pour dire qu’il est nécessaire de lire une partiton pour savoir bien jouer, mais d’un autre côté vous ressentez parfois que la partition vous freine ou vous enlève la spontanéité de la musique. Alors, la partition est-elle au final une aide ou un frein ? Comment faire pour tirer le meilleur parti d’une partition ?

Dans cet article, je vous explique les 7 grandes erreurs que font la majorité des élèves quand ils abordent une partition. Ces erreurs conduisent souvent à des sentiments de confusion et de baisse d’énergie. Et vous avez besoin de cette énergie, afin de rendre la musique vivante. Voici la liste de ces erreurs :

1/  Vouloir tout jouer tout de suite.

Parfois l’excitation prend le dessus et l’envie de jouer immédiatement le morceau exactement comme il devrait sonner est très forte. Les pianistes trop pressés commencent à jouer sans prendre le temps de regarder ni d’analyser ce qu’ils vont faire. Ils se jettent sur la partition et jouent au plus vite. Ils sont ensuite déçus de ne pas obtenir le résultat qu’ils imaginaient dans leurs rêves, ou pire, n’entendent même pas que ce qu’ils jouent est tout simplement inaudible.
Au premier stade de la lecture, l’esprit a besoin de s’ouvrir pour se préparer : il y a énormément de paramètres musicaux qui se mettent en jeu au niveau de la concentration. Au lieu de commencer à gérer toutes les difficultés en même temps, commencez à en dresser la liste. En vous posant de bonnes questions, votre cerveau sera alors prêt plus vite pour mobiliser les zones neurologiques correspondant aux futures actions.
Peut-être que cette liste peut vous faire peur au départ, mais ne vous inquiétez pas, les étapes suivantes vous diront exactement comment faire pour ne pas vous sentir submergé par le travail à faire. Mais si vous n’avez aucune idée des difficultés que vous allez rencontrer, comment vous préparer à les surmonter ? Affronter la réalité vous aidera à mieux savoir où mobiliser votre énergie.

Posez-vous les questions suivantes :

  • Que voulez-vous exactement ?
    Je veux savoir jouer cette partition aussi bien que … je veux préparer ce morceau pour une fête…je veux améliorer ma technique du passage du pouce…
  • Ensuite prenez conscience que cela ne va pas se faire tout seul : il vous faudra passer les obstacles de la lecture, du rythme, des doigtés, de la coordination des mains, de l’interprétation, de la mémorisation, etc…
  • Prenez le temps de regarder la partition, en fonction de votre objectif. Écoutez le morceau plusieurs fois, observez si la mélodie monte, descend, penchez-vous sur le rythme, la structure du morceau, le contexte dans lequel il a été écrit…tout cela vous aidera à ne pas vous précipiter la tête dans le guidon et vous aidera également à être plus conscient quand une question théorique ou technique apparaîtra.

2/  Se crisper dès qu’une difficulté arrive.

Quand on se concentre très fort, nos muscles ont tendance aussi à se tendre fort : parfois c’est un orteil enroulé, ou la mâchoire serrée, ou plus fréquemment la main et le muscle de l’avant-bras tendus. Pensez que votre corps est aussi important que votre intellect.
Lâchez pour un moment votre mental et invitez votre imagination à reproduire les gestes des grands pianistes, à improviser quelque chose. Prendre du plaisir peut aussi bien passer par des petits jeux comme :

  • jouer en même temps que le disque en imitant un super pianiste
  • ajouter de la pédale
  • transformer le rythme
  • exagérer le caractère dramatique ou léger du morceau

Pourquoi transformer une partition ? Parce qu’une partition a tendance à nous figer : la musique, ce n’est pas une collection de notes enfermées dans un musée. La musique bouge, elle représente le mouvement, la vie. Faites bouger votre partition pour un moment, vous redeviendrez plus rigoureux à un autre moment : si votre problème du moment est la crispation, il vous faut prendre cette tension au sérieux et vous en occuper. Vous n’allez pas non plus réécrire le morceau et devenir compositeur en une leçon, mais vous avez le droit de jouer avec la musique, de vous amuser un minimum, surtout si c’est pour le bien être de votre corps. Pour vous approprier le morceau et la façon dont il est écrit, pour permettre à vos muscles de se détendre, sans cela vous allez avancer en marche forcée, c’est à dire, moins vite que si vous étiez vraiment détendu. Imaginez-vous que vous soyez complètement détendue et dans le plaisir, croyez vous vraiment que vous allez progresser moins vite ?
Ceux qui sautent cette étape avancent moins vite. Alors, gardez l’esprit ouvert et amusez vous un peu !

3/  Montrer vos progrès trot tôt à quelqu’un

La troisième erreur serait de vous contenter de ce plaisir et de vous reposer sur votre satisfaction personnelle : votre interprétation serait-elle également satisfaisante pour une oreille extérieure ? Probablement pas encore. Ne vous endormez pas sur cet agréable paysage, vous avez encore beaucoup de travail devant vous. A ce stade, il est temps d’associer votre oreille à votre lecture. Continuez de travailler, mais en associant vos connaissances à ce que vous entendez. Utilisez votre oreille pour vérifier le rythme : la partition est exigeante, votre oreille doit l’être également. La musique avance dans le temps selon un rythme précis mais naturel : faire confiance en votre inconscient permettra à votre oreille de vérifier instantanément votre précision rythmique. Faites de même pour la hauteur des notes : les fausses notes s’entendent si vous y prêtez attention. Ecoutez également attentivement l’harmonie de vos 2 mains : sont-elles bien coordonnées ? Vous avez du potentiel pour progresser en autodidacte, si vous n’entendez aucun défaut, reprenez la liste de la première étape et mettez-les en ordre de priorité : Quelle est la notion la plus importante de votre morceau : la rythmique, les nuances, la rapidité ? Puis mettez en relation la partition et vos sensations corporelles qui sont associées au texte. Prenez-vous au jeu pour la plus grande source de plaisir.

4/  Se focaliser sur la partition.

La partition est une aide, mais la musique est une expérience. La partition ne fera pas l’expérience. Ce n’est pas la partition qui va vous faire entendre la vibration des intervalles, qui va vous donner la pulsation, qui vous fera anticiper les changements harmoniques. Mais qui alors ?

En plus d’une oreille externe, vous en avez une intérieure. Cela signifie que vous êtes capable d’entendre la musique sans la jouer, sans que personne ne la joue. Rappelez-vous de l’anecdote de Beethoven qui, sourd à la fin de sa vie, continuait de battre la mesure après que l’orchestre aie fini de jouer parce qu’il entendait intérieurement l’oeuvre (mais pas à la même vitesse que les musiciens). Vous aussi possédez une oreille intérieure. A vous de la réveiller et de la développer en l’exerçant. Vous avez formé l’expérience de votre oreille interne en vous nourrissant d’écoutes diverses depuis votre plus jeune âge. Vous pouvez aujourd’hui reproduire intérieurement de la musique que vous connaissez bien dans votre tête.

Apprenez à entendre les notes de votre partition, d’abord en écoutant une version sonore une ou plusieurs fois. Les vibrations passant par les os principalement, vous pouvez vous entraîner à sentir l’effet du son dans tout votre corps : des pieds à la tête. Vous pouvez toucher différentes parties de votre corps pour mieux ressentir les vibrations. Restez en connexion constante des sensations physiques et connectez-vous à la base de la musique : les vibrations du son. L’idée est de vivre une expérience avec le plus possible de sensations : vous pouvez également imaginer des couleurs ou d’autres sensations imagées comme le froid ou le chaud, de la matière dense ou légère…Ensuite, entraînez-vous à entendre la partition sans son, en ré-imaginant les vibrations dans vos tympans et votre corps et toutes les sensations que vous avez pu avoir. Vous verrez qu’en pratiquant cet exercice de plus en plus souvent, votre oreille s’affinera.

Le meilleur moyen de faire descendre la partition de son piédestal est d’imaginer le son que la musique produirait si on la jouait. A partir de maintenant, vous allez commencer à faire confiance à votre propre expérience musicale et ouvrir vos sens vibratoires internes. Ne vous bloquez pas pour des problèmes techniques, si vous faites des erreurs, ce n’est pas grave, vous êtes encore en apprentissage, et c’est donc normal. Vous n’aurez pas la perfection tout de suite. Apprenez seulement à expérimenter la musique que vous jouez.

5/  Faire du note à note.

La musique est un langage à part entière : avec son sens, ses intentions, sa ponctuation. La partition ressemble beaucoup à une langue étrangère que vous avez à traduire. Vous en connaissez l’alphabet, mais c’est bien à peu près tout ce que l’on vous a appris. La signification de la musique, on ne vous l’enseigne pas, sauf si vous vous inscrivez dans un cours d’analyse poussé. C’est donc sur votre intuition que l’on compte pour que vous jouiez avec des intentions musicales et d’une manière sensible et fluide. Si vous lisez un texte mot à mot, sans mettre d’intention ni le ton approprié, vous aurez un ton monotone. C’est exactement pareil en musique. Pour éviter cette segmentation du langage musical, vous allez chercher à avoir une vision d’ensemble.  Vous pouvez par exemple regarder la structure, faire des bonds visuels (ne pas regarder toutes les notes), anticiper ce que vous allez jouer. Mais vous pouvez aussi surtout vous appuyer sur vos sensations internes, propres à votre sensibilité, pour raconter une histoire. La structure du morceau peut vous aider dans ce sens. Les morceaux sont construits pour la plupart sur un schéma introduction-scénario-conclusion et vous le ressentirez instinctivement. Prenez un crayon et annotez votre partition : écrire la structure du morceau en donnant un titre à chaque partie vous aidera à avoir un langage plus clair. Sachez où vous en êtes et l’auditeur comprendra ce que vous jouez. Arrêtez de suivre la partition à la note et verbalisez le scénario du morceau : cela vous aidera à transmettre l’indicible.

6/  Ne pas s’intéresser au contexte du morceau.

Beaucoup de pianistes ne prennent pas le temps de s’intéresser à l’auteur ni à son oeuvre. Parce qu’une fois obtenue la super-concentration nécessaire au décryptage de la partition, en sortir demande un effort. Elargir votre culture est un bon moyen de rebooster votre énergie pour vous entraîner sur le long terme sur un morceau. Les 5% des gens qui s’offrent ce luxe gagnent un bon atout car cela leur redonne un nouveau tremplin de motivation. Persévérer dans un travail, ce n’est pas tant s’accrocher aux problèmes techniques que de prendre une nouvelle bouffée d’air en cherchant des informations extérieures. Persévérer, c’est aussi entretenir la motivation, et c’est en renouvelant vos pratiques que vous prendrez soin de votre goût à la répétition.

N’abandonnez pas ! Entretenez le feu, poursuivez le travail que vous avez commencé, mais en jouant maintenant sur le tableau des émotions. Renseignez-vous sur l’histoire du morceau, dans quel contexte il a été écrit. A quelle période de sa vie la compositrice ou le compositeur l’a composé et pourquoi ? Toutes les anecdotes vont être de précieux indices qui vous donneront encore plus de sensibilité pour jouer le morceau.

En plus, cela rafraîchira votre planning de travail et répéter certains passages qui vous paraissaient rébarbatifs auparavant vous paraîtront soudainement intéressants. Et comme répéter est une des méthodes de travail qui marche le mieux, mieux vaut ne pas s’en priver.
7/  Rester seul avec votre morceau.

Le grand problème des pianistes est d’être liés à un instrument solitaire. L’ occasion de jouer avec d’autres instrumentistes n’est pas aussi fréquente que pour des instruments qui se transportent plus facilement. De plus, vous pouvez jouer la mélodie, la basse et l’harmonie à la fois, ce qui vous donne une grande autonomie. Vous passez énormément de temps en solo face à votre piano. Cependant, le fait de jouer pour les autres ou avec les autres peut apporter beaucoup de valeur à votre jeu ainsi qu’à vos méthodes de travail. Cela ne veut pas dire que vous deviez casser les pieds à chaque personne qui entre chez vous : choisissez des personnes qui portent un intérêt à ce que vous faites ou à la musique en général. Cela vous permettra d’échanger sur de nombreux sujets.

Vous avez pris certaines habitudes et un confort à n’être écoutée que par vous-même. Pensez maintenant à agrandir votre espace d’écoute; cela vous aidera à chasser vos croyances personnelles limitantes et vous donnera de nouvelles inspirations.

Si jouer devant des personnes vous fait peur, vous pouvez commencer par vous enregistrer, puis un autre jour à vous filmer. Ensuite vous pouvez faire écouter votre enregistrement ou film à une personne de confiance qui saura vous encourager (et qui ne vous critiquera pas uniquement sur le négatif). Enfin, pour une écoute en live ou un mini-concert chez vous : allez-y progressivement. Sélectionnez des personnes qui sauront vous mettre à l’aise, intégrez votre prestation à d’autres activités en lien avec votre morceau. En privilégiant les échanges culturels et les relations humaines, vous agrandirez votre zone de confort et certains déclics pourront même ouvrir de nouvelles motivations.

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